Trois projets. Trois histoires où la technologie n'est pas un effet spécial, mais l'outil avec lequel on raconte. C'est sur ce chiffre que Google a clos sa présence à la 83e édition de la Mostra de Venise, le rendez-vous qui a réuni en 2025 réalisateurs, producteurs et professionnels du monde entier sur le tapis rouge du Lido. Il ne s'agit pas de spots publicitaires ni d'installations marginales : selon ce que Google a communiqué sur son blog d'entreprise, ce sont des œuvres qui utilisent des outils numériques pour élargir le périmètre de la créativité humaine, et qui ont choisi Venise comme première vitrine publique.

Le détail qui frappe, et qui mérite qu'on s'y arrête, c'est le choix de la scène. Venise n'est pas un salon tech, ni un événement sectoriel comme le CES ou l'IFA. C'est un festival de cinéma, avec des jurys, une presse spécialisée, un public qui vient voir des films et non des démos. Y amener trois projets revient à dire quelque chose de précis : quand la technologie fonctionne, elle n'a pas besoin d'un public d'ingénieurs. Il lui faut un public qui regarde un écran et ressent une émotion.
Ce que signifie pour le cinéma italien d'avoir Google comme partenaire créatif
La question que se pose un lecteur italien en découvrant cette nouvelle est simple : qu'est-ce que cela change pour moi, qui vais au cinéma ou regarde du streaming, de savoir que Google investit dans des projets audiovisuels à Venise ? La réponse n'est pas un produit précis en vente, mais une direction. Par le biais de ses programmes de soutien à la culture et à la créativité numérique, Google signale que la frontière entre cinéma traditionnel et expérimentation technologique s'amincit de façon très concrète. Il ne s'agit pas d'une puce montée sur une pellicule, mais d'une approche de production où l'IA, la réalité augmentée et le rendu computationnel deviennent partie intégrante du langage narratif, et non un gadget ajouté à la fin.
Pour l'industrie cinématographique italienne, qui peine depuis quelques années à trouver un modèle de coproduction avec les grandes plateformes numériques, la présence d'une entreprise comme Google dans un cadre comme Venise a une valeur à la fois symbolique et pratique. Symbolique, parce qu'elle dit que le cinéma d'auteur et la recherche technologique peuvent partager la même salle. Pratique, parce qu'elle ouvre aux réalisateurs et scénaristes italiens la possibilité d'accéder à des outils et à des financements qui, hier encore, étaient réservés aux studios d'Hollywood ou aux laboratoires de recherche universitaires. Ce n'est pas une promesse : c'est une trajectoire. Et dans ce secteur, les trajectoires se mesurent en cycles de trois à quatre ans.
Il faut aussi le dire : la Mostra de Venise a pour tradition d'accueillir le cinéma en mutation. Du muet au numérique, de la pellicule à la projection laser, le Lido a toujours servi de banc d'essai pour ce qui allait venir. Google n'est pas la première entreprise technologique à paraître dans la Lagune, mais elle est parmi les premières à le faire avec des projets qui ne se limitent pas à une installation interactive dans le foyer, et qui entrent dans le corps même du film. La différence est subtile et importante.
Pour qui veut approfondir le contexte de cette initiative, le site de la Biennale de Venise reste la source première pour comprendre comment le festival structure sa section consacrée à la recherche et à l'expérimentation : la section cinéma de la Biennale rassemble programmes, fiches et coulisses qui passent souvent inaperçus à côté de la compétition officielle. De son côté, Google a depuis des années un programme dédié à l'intersection entre art et technologie : Google Arts & Culture est le hub où convergent expositions numériques, archives de musées et collaborations avec des institutions du monde entier, et les trois projets vénitiens se lisent comme un prolongement naturel de cet écosystème.
Pourquoi un Italien devrait s'y intéresser : l'écart entre le laboratoire et la salle
Nous arrivons ici au point qui, selon moi, rend la nouvelle pertinente au-delà du cercle des passionnés de tech. En Italie, l'écart entre la recherche en laboratoire et ce qui arrive en salle reste l'un des plus larges d'Europe. Nous avons une production cinématographique qui a continué en 2025 à peiner au box-office, un public qui se tourne vers le streaming, et une scène de cinéma expérimental qui vit dans des niches universitaires ou de petits festivals. Quand une entreprise comme Google décide d'amener l'expérimentation technologique dans un festival grand public comme Venise, elle raccourcit de fait cette distance. Pas en un jour, pas avec un seul projet, mais par une logique de visibilité : si un réalisateur italien voit à Venise un film réalisé avec des outils jusque-là inaccessibles, la distance psychologique se réduit.
Ce n'est pas un argument mineur. La créativité, comme le rappelle le cadre de communication de Google lui-même, ne s'improvise pas : elle se cultive, se finance, se met en vitrine. Et la mettre en vitrine à Venise, devant un jury et une presse qui écrivent dans les livres et dans les journaux, est un acte de légitimation. Cela dit au secteur que la technologie n'est pas un risque pour le cinéma, mais l'une de ses grammaires possibles. Pour le lecteur italien, la traduction concrète est la suivante : dans les prochaines années, dans les festivals nationaux, dans les salles, et peut-être aussi sur les plateformes de streaming, on verra davantage d'œuvres où la frontière entre ce que dirige un réalisateur et ce que génère un algorithme sera plus floue. Et la question ne sera plus de savoir si la technologie entre dans le film, mais comment elle y entre, et quel effet elle produit sur le spectateur.
Le risque, dans ce passage, est celui d'une homogénéisation stylistique : si tout le monde utilise les mêmes outils, les films risquent de se ressembler. Le contrepoids, c'est la mise en scène, le choix d'auteur, la capacité de celui qui raconte à plier l'outil à une vision personnelle. Venise est historiquement le festival qui récompense justement cette capacité. Et c'est peut-être pour cela que Google a choisi le Lido, et non une autre scène, pour montrer au monde que la créativité et le code peuvent cohabiter dans la même pièce.
Reste une question qui, un an après le festival, mérite d'être remise sur la table : ces trois projets nés à Venise en 2025, que sont-ils devenus ? Sont-ils devenus des films en salle, des séries en streaming, des archives numériques ? Ou restent-ils, comme c'est souvent le cas, des prototypes brillants qui s'éteignent après la première projection ? La réponse, en 2026, pourrait nous en dire bien plus sur la direction du cinéma que n'importe quel manifeste sectoriel.
Via : Google Blog
Traduit de l’original italien. Lire en italien


